A. M., actuellement incarcéré :

« Maître, je vous aime !  » (*)

 

Ce cri raisonna comme un soufflet,

dans cette salle d’audience

où nul ne s’intéressait vraiment, à l’homme emprisonné.

 

En cette journée de juillet,

la Chambre de l’Instruction

statuait sur une demande de mise en liberté,

sur la fin d’un emprisonnement, d’une véritable éradication.

Trois magistrates, au siège

une magistrate, au Parquet

une greffière, pour la mémoire de l’audience,

une victime, pour pleurer.

bref, un défi

qu’aucune loi sur la parité

n’aurait pu même désavoué.

 

Que restait-il à la défense ?

 

Un peu de temps sans importance

lors d’ une audience surchargée

où la Justice n’est plus qu’affaire de dossiers.

 

Ruines judiciaires

d’un temps où l’institution sombre dans la misère

celle qui oublie l’homme jugé

pour ne retenir que la froide efficacité.

 

Tout est dit, en trois mots, soupesés

en trois lignes, disséquées,

dix minutes consacrées pour une liberté

où le doute s’efface sous le rideau de fer de la sécurité.

 

Combat inégal,

que la défense, même sans égale,

ne peut que perdre.

 

Sur le frontispice du Palais de Justice,

les mots de Liberté, Egalité, Fraternité glissent

et leur chute raisonne comme une injustice.

 

Le voile du Temple se déchire

nul ne se souvient du prisonnier, ni la nuit qui s’étire,

ni les hommes qui oublient et s’enivrent.

 

Seul, revenu dans sa cellule sordide

il s’enfonce dans le seul espoir qui réside

en lui : l’implacable résignation !

 

Son défenseur fuit, amer et accablé.

 

Qu’importe l’amitié de l’accusé

criée, jetée à la face des juges agacés

si c’est pour assister à l’enfouissement de la vérité.

 

La salle d’audience est à présent vide

le Palais se ferme

et la vie se replie.

 

Sur le frontispice du Palais

où les mots ont perdu leur sens

et ont libéré la place

que la société ne peut plus leur laisser,

 

Une forme grise

ombre d’une Thémis affamée

grave quelques mots

qui saignent la pierre

comme le cœur du Juste :

 

« Vous qui entrez,

laissez toute espérance » **

 

Olivier ROQUAIN

 

(*) Cette déclaration a réellement été faite lors de l’audience

(**) DANTE : « la Divine Comédie »